lundi 25 septembre 2023

Son odeur après la pluie - Cédric Sapin-Defour


 Quatrième de couverture

C’est une histoire d’amour, de vie et de mort. Sur quel autre trépied la littérature danse-t-elle depuis des siècles ? Dans Son odeur après la pluie, ce trépied, de surcroît, est instable car il unit deux êtres n’appartenant pas à la même espèce : un homme et son chien. Un bouvier bernois qui, en même temps qu’il grandit, prend, dans tous les sens du terme, une place toujours plus essentielle dans la vie du narrateur.

Ubac, c’est son nom (la recherche du juste nom est à elle seule une aventure), n’est pas le personnage central de ce livre, Cédric Sapin-Defour, son maître, encore moins. D’ailleurs, il ne veut pas qu’on le considère comme un maître. Le héros, c’est leur lien. Ce lien unique, évident et, pour qui l’a exploré, surpassant tellement d’autres relations. Ce lien illisible et inutile pour ceux à qui la compagnie des chiens n’évoque rien. Au gré de treize années de vie commune, le lecteur est invité à tanguer entre la conviction des uns et l’incompréhension voire la répulsion des autres ; mais nul besoin d’être un homme à chiens pour être pris par cette histoire car si pareil échange est inimitable, il est tout autant universel. Certaines pages, Ubac pue le chien, les suivantes, on oublie qu’il en est un et l’on observe ces deux êtres s’aimant tout simplement.

C’est bien d’amour dont il est question. Un amour incertain, sans réponse mais qui, se passant de mots, nous tient en haleine. C’est bien de vie dont il est question. Une vie intense, inquiète et rieuse où tout va plus vite et qu’il s’agit de retenir. C’est bien de mort dont il est question. Cette chose dont on ne voudrait pas mais qui donne à l’existence toute sa substance. Et ce fichu manque. Ces griffes que l’on croit entendre sur le plancher et cette odeur, malgré la pluie, à jamais disparue.

Mon avis

Dès le prologue mon coeur se serre déjà, au premier chapitre une larme roule sur ma joue, déjà, ça promet. Je me retrouve tellement dans ces écrits, parce que mon chien va bientôt avoir neuf ans, parce que je pense déjà au manque de lui d'ici quelques années, parce que je voudrais me préparer à cette peine immense que je ressentirai à ce moment là afin de ne pas m'écrouler ... Il n'est pas encore parti que je sais déjà qu'il va terriblement, horriblement me manquer, ces pensées me hantent de plus en plus souvent.

La suite du livre, c'est d'abord l'envie d'avoir un chien, la responsabilité que ça suppose, puis la rencontre qui sera unique et puissante, comme une évidence.
Ce livre n'est pas que triste, je ris également souvent car j'y vois aussi les réactions de mon propre chien.

Est ce une histoire larmoyante ? Non, c'est une histoire d'amour entre un animal (ici un chien) qui nous remet en mémoire toutes ces petites choses du quotidien, le bruit des pattes sur le carrelage, ses sauts de cabris lorsque vous rentrez chez vous, cette petite expression qui à chaque coup vous fait craquer ... Pour qu'avant qu'il ne soit trop tard vous vous remplissez de tout ces merveilleux moments.

Je n'aime pas plus mon chien après cette lecture, c'est impossible de l'aimer plus mais je pardonne s'il le faut ses poils partout, ses pattes sales quand il pleut, ses aboiements, sa présence parfois un peu trop envahissante surtout quand je suis fatiguée, je veux me remplir de lui et depuis cette lecture c'est ce que je fais consciemment, de toute façon il était déjà le chien le plus regardé au monde.

Un petit point négatif tout de même j'aurais aimé que le style d'écriture soit plus simple j'ai parfois un peu perdu en émotions. Je ne me suis pas non plus sentie proche du narrateur mais comme il est écrit sur la quatrième de couverture le héros c'est le lien entre lui et Ubac et là ça marche formidablement bien !

Citations

 Si votre amour de parent se porte sur un enfant de votre espèce, l'usage du temps fait qu'il vous survivra et vous n'aurez pas à ravager votre existence que la sienne s'achève. Lorsque votre amour se déporte sur un vivant d'une autre catégorie et à durée de vie moyenne, en toute implacable logique pointera cette date où le nouveau-né rattrapera votre âge, l'excédera et mourra. C'est d'un illogisme absolu, ultime paradoxe et pas des plus aimables : la mort d'un chien est contre nature. c'est à savoir, ce bonheur a ses dates de péremption, vous aurez beau vous employer chaque jour au ralentissement de vie ou à l'accélération de la vôtre, c'est ainsi, on ne négocie pas avec la chronobiologie, les chiens fanent.

"Le coeur d'un chien ne monte pas en puissance, il est en haut, gonflé, tout de suite et toujours, il y a de l'amour dès le réveil, c'est cette pleine vitalité qui sans doute l'épuise et raccourcit son passage"

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